30 mai 2009
Début de partie
Acheter une péniche en Hollande, c'est un peu comme entamer une partie de jeu de l'oie à travers l'Europe. C'est le hasard qui choisit en temps réel la prochaine destination.
Dans notre cas, le sort a voulu que, par deux fois, nous passions par la case Harlingen : la semaine dernière mais aussi à l'automne dernier, lorsque nous en étions encore à chercher un bateau. Rien de vraiment étonnant. L'histoire de cette cité frisonne est en effet intimement liée à celle de la pêche et de la navigation hollandaises. On y voit des tjalks magnifiques, des petits, des grands, des deux ou trois mâts, des en bois, des en fer, rifté ou non. Un paradis pour les amateurs du genre.
De façon générale, aux Pays-Bas, pour trouver un bateau, il y a trois possibilités : la première, c'est d'écumer les ports pour y repérer, en direct, les bateaux à vendre ; la deuxième, plus roots, est de parcourir les canaux des 12 provinces néerlandaises, à vélo, à pied, en bateau ou en voiture pour se renseigner auprès des capitaineries locales ; la dernière est de contacter les brokers, des agents immobiliers spécialisés, ou non, dans la vente de bateaux (certains sont pourvus de site internet, d'autres non...).
La Frise
D'après les Néerlandais, la Frise est le pays basque des Pays-Bas. Cette région du Nord possède sa propre culture et sa propre langue, le frison, enseignée à l'école et reconnue comme une langue à part entière. Les Frisons ont la réputation d'être moins bavards que leurs compatriotes du sud. Ils compteraient leurs mots car, précisément, chaque mot compterait.
Pour la peine, une chanson en frison qui a eu, paraît-il, son petit succès en Belgique (J'intègre la vidéo sans l'avoir écouté auparavant : je n'ai plus le son sur mon portable... Donc vous me direz si c'est bien !)
TE KOOP ?
Gloussements.
- Hey, t'as vu ce qu'il y a d'écrit sur le panneau, là sur ce bateau ?
Jérôme lit.
- Técope.
- T'écopes... Sur un bateau... C'est rigolo ! T'écopes... Tu écopes, tu comprends ?
Jérôme, blasé, lève les yeux au ciel.
- Viviane, TE KOOP, ca veut dire A VENDRE... C'est ces panneaux que l'on cherche depuis une demie-heure dans tout le port...
29 mai 2009
En perdition 2
Voilà. C'est là, à Harlingen, un petit port du nord de la Hollande, entre le moment où une magnifique doctoresse me plantait une seringue dans le bras et celui, distant d'une heure environ, où je découvrais le regard humide de mon homme, figé au contre-bas d'un immense bateau sorti de l'eau, que j'ai commencé à saisir. On y était. A cet instant que j'avais annoncé de façon tout à fait théorique au début du blog. Celui où tout, vraiment tout, part en jus de boudin et où il devient impossible d'imaginer la suite de l'histoire. La perdition en somme.
Pour l'heure, je ne peux expliquer la nature du problème auquel nous nous heurtons. Mais qu'importe. Car dans notre déveine, on a quand même du bol puisque le chemin qui nous a conduit jusqu'à ce chantier naval a été suffisamment mouvementé pour vous tenir en haleine jusqu'au dénouement de l'histoire (sans l'ombre d'un doute).
PS : A ce stade, et avant d'opérer un flash back de quelques mois, nous tenons à remercier Marijke, Roel, Rico, Jérôme T., Mathieu. Sans vous, on ne serait peut-être pas arrivé jusque là.
PS 2: Oui, je suis entière. J'ai semble-t-il la peau dure ou bien un goût qui n'était pas au goût du chien qui m'a mordu.
28 mai 2009
En perdition
- Allo Viviane ?
- Mathieu !
Virage à droite.
- Alors, il fait beau en Hollande ?
- Ouaip, ca va. On a eu pas mal de beau temps...
- Cool. Bon, alors il est 9h30 et le facteur n'a pas déposé d'accusé de réception chez toi.
- Mince.
- Par contre, y'a une lettre de la banque.
- Ah bon ?
Feu rouge.
- Je l'ouvre ?
- Oui, oui, ouvre là !
Scratch crretchou.
- Je lis : "par la présente, nous certifions avoir un accord etc etc..."
- Bon, bah ça a l'air d'être ça... Je comprends pas... elle devait arriver en accusé réception. Bon. Garde-la sous le coude, j'aurai peut-être besoin que tu la faxes au notaire.
- Ok, pas de problème. File moi le numéro de fax alors.
- Euh... Là, je peux pas... J'ai pas mes papiers sur moi. Je suis en voiture... pour aller voir un médecin.
- Un médecin ?
- Ouais, on doit me faire une piqûre contre le tétanos.
- Hein ?
- Ouais, c'est parce que je me suis fait mordre par un chien...
- Quoi ?
- Oui, les chiens de garde du chantier naval m'ont attaqué...
- B...
- Parce que j'ai couru sur le chantier... parce que j'avais besoin d'un tourne-vis... pour démonter le plancher du bateau...
- Démonter le plancher ?
- Oui, pour voir l'intérieur de la coque... Pour l'expertise...
- Ah bon, vous êtes en train d'expertiser le bateau ?
- Ouaip...
- Et alors ?
- Bah ca va pas du tout... La coque est pourrie. Le bateau ne répond à aucune norme. Faut tout démonter pour réparer. Les frais se chiffrent en dizaines de milliers d'euros...
- Quoi ? Mais...
- Ecoute Mathieu, j'arrive chez le médecin. Faut que je te laisse. Je te rappelle plus tard. Bisous !
05 avril 2009
News
Voilà ! Cela aura demandé pas mal de travail, de paperasses, de nuits blanches aussi, mais bon voilà, sauf catastrophe de dernière minute, on a tout : le prêt et la place. Ne reste plus que les permis bateaux à passer, les travaux à réaliser, le voyage Edam/Paris, le déménagement, l'emménagement et sans doute une bonne poignée de trucs que l'on imagine même pas. Bref, on dort un peu et on vous raconte tout ça dans les prochains jours.
19 mars 2009
Tjalk
Si l'on se fie à la légende colportée par les
livres français, "tjalk" signifie "sabot". Maintenant, si, en bon néophyte qui a tenté de potasser
son sujet, vous sortez cette anecdote à un Hollandais, voici
ce qu'il risque de se passer : tout d'abord, votre interlocuteur va
s'immobiliser et vous dévisager un moment. Un long moment au
cours duquel il va se repasser la
phrase que vous venez de prononcer en boucle, en
vitesse lente, normale et rapide. Il
distille chaque syllabe. Ca se voit aux infimes mouvements de son
regard. Il vérifie qu'il n'y a pas d'autres sens
possibles à la phrase qu'il vient d'entendre. Alors, vous
répétez l'anecdote, vous et votre accent « so
French, so cute ! ». Cette fois, il est sûr de
lui, il a bel et bien compris : il rit : « C'est quoi
cette histoire ? Tjalk signifie tjalk, c'est tout ! Sabot... pourquoi
pas gouda ou tulipe pendant qu'on y est ? »
Bref. Ainsi donc les tjalks sont des tjalks, et c'est tout. Mais c'est déjà pas mal. Les tjalks sont des péniches hollandaises. De fait, ils ont un fond plat et une coque réputée increvable (ouais ouais). Au début du siècle, ces bateaux, tous pourvus de voiles, étaient utilisés pour transporter des marchandises, en mer comme sur les canaux. Mais dans les années 1920, l'apparition des premiers moteurs changea l'allure de ces bateaux. Un à un, ils perdirent leurs voiles sombres et leur mât. « De Verandering » n'échappa pas à cette mode. Ce n'est que cinquante ans tard qu'elle recouvrît, comme beaucoup d'autres tjalks, un mât. Un mât différent de celui qu'elle avait à l'origine, un mât plus grand, plus haut, pour aller encore plus vite. Mais c'est déjà une autre histoire...
10 mars 2009
Vivre sur une péniche... en Belgique
Un reportage sur un néo-pénichard belge... En espérant que l'on soit plus inspirés pour diriger notre bateau (mais pas moins enthousiastes).
http://www.youtube.com/watch?v=eKQTi_f6hUw
09 mars 2009
Entretien avec la banque Y
« Bon. Pourquoi pas. Sauf que pour obtenir le prêt
bancaire, il me faudra que la preuve que vous avez un emplacement
pour votre navire... »
« Ah ? Euh, bah... le problème, en fait, c'est
que pour avoir un emplacement, il nous faut un bateau... et que pour
avoir un bateau, il nous faut un prêt, donc votre accord... »
Silence.
« Ah... le serpent que se mord la queue. »
« Bah oui. »
Silence.
« Faudra qu'y en a un qui cède... »
« Bah
oui... »
« Voyez ça avec les ports privés. »
08 mars 2009
Entretien avec la banque X
« On a réfléchi... On est d'accord pour financer l'achat de votre bateau... »
« Super ! »
« ... à condition que vous enleviez le moteur. »
« Ah ?»
« Oui. »
« Mais... c'est idiot. Pour habiter un bateau, il faut pouvoir le déplacer à tout moment. C'est la loi. Si
on enlève le moteur, on ne peut pas avoir un bateau. »
Silence.

